Crise de colère chez l’enfant : comprendre et diminuer la frustration (5 clés efficaces)
Les crises de colère, les pleurs soudains, les oppositions ou les fameux “NON !” répétés plusieurs fois par jour font partie du quotidien de nombreux parents de jeunes enfants.
Il suffit parfois de demander de ranger un jouet, de quitter le parc ou de mettre un manteau pour que la situation dégénère.
Dans ces moments-là, beaucoup de parents se demandent : Pourquoi mon enfant réagit-il aussi fort ? Est-ce qu’il fait un caprice ? Est-ce qu’il me teste ?
La réalité est souvent très différente.
Chez le jeune enfant, les crises ne sont pas de la manipulation ni de la provocation. Elles sont le plus souvent le résultat d’une frustration et d’émotions trop intenses pour être gérées seul.
Comprendre ce qui se passe dans le cerveau de votre enfant permet déjà de changer de regard sur ces situations… et de les vivre beaucoup plus sereinement.

Pourquoi les jeunes enfants font-ils autant de crises ?
Les neurosciences affectives ont profondément changé notre compréhension du comportement des jeunes enfants.
Pendant longtemps, on pensait que les crises étaient des caprices. Aujourd’hui, les recherches montrent qu’il s’agit surtout de tempêtes émotionnelles liées à l’immaturité du cerveau.
Le cortex préfrontal, la zone du cerveau qui permet de réfléchir, de contrôler ses émotions et d’avoir de l’empathie, n’est pas encore mature chez le jeune enfant.
La psychothérapeute Isabelle Filliozat explique d’ailleurs :
« Les crises des jeunes enfants ne sont pas des caprices. Elles sont l’expression d’émotions trop fortes qu’ils ne savent pas encore réguler. »
La pédiatre Catherine Gueguen, spécialisée en neurosciences affectives, rappelle également que :
« Le cerveau de l’enfant est en construction. Il a besoin d’un adulte calme et sécurisant pour l’aider à réguler ses émotions. »
C’est ce qu’on appelle la co-régulation émotionnelle.
Avant d’apprendre à gérer ses émotions seul, l’enfant a besoin d’un adulte pour l’aider à retrouver son calme.
Si ces sujets vous intéressent, j’en parle plus en détail dans mon article consacré à l’intelligence émotionnelle chez l’enfant, qui explique pourquoi accompagner les émotions est essentiel pour son développement.
Le lien entre le “non” et les crises de colère
Un autre facteur qui peut amplifier les crises chez les jeunes enfants est l’utilisation fréquente du mot “non”. Avant environ trois ans, le cerveau de l’enfant a encore du mal à comprendre la négation.
Quand on lui dit “Ne jette pas le jouet”, il peut parfois entendre “Jette le jouet”. Ce n’est pas de la provocation : c’est simplement une limite cognitive.
À cela s’ajoute un autre élément : les enfants vivent dans le moment présent.
Lorsqu’on les interrompt brusquement dans une activité qu’ils aiment, comme jouer au parc ou construire une tour de cubes, la frustration peut être immense.
Cette frustration déclenche alors ce que l’on appelle une tempête émotionnelle.
Pourquoi votre enfant répète la même “bêtise” encore et encore
C’est l’une des questions que se posent le plus souvent les parents.
“Je lui ai déjà dit 20 fois !”
La raison est simple : la mémoire de travail des jeunes enfants est encore très limitée. Cette mémoire permet de retenir une information sur une courte durée afin de l’utiliser immédiatement.
Or, avant environ cinq à six ans, cette capacité est encore en plein développement. Cela signifie que :
- les consignes doivent être répétées de nombreuses fois
- les règles s’apprennent progressivement
- l’enfant apprend surtout par expérience et par répétition.
Comme l’explique la pédiatre Catherine Gueguen, spécialisée en neurosciences affectives :
« Les enfants apprennent par répétition. Leur cerveau a besoin d’entendre et de vivre les règles de nombreuses fois avant de pouvoir les intégrer. »
Les règles doivent donc être répétées de nombreuses fois avant d’être réellement intégrées et cela fait partie du développement normal du cerveau.
Un enfant peut donc toucher plusieurs fois une prise, grimper encore sur le canapé ou jeter un objet malgré les explications.
Non pas pour provoquer ses parents, mais simplement parce que son cerveau est encore en train d’apprendre.
Comprendre cela permet souvent de prendre un peu de recul… et d’éviter de transformer ces situations en rapport de force.
5 clés pour diminuer la frustration chez l’enfant
Heureusement, certaines stratégies simples permettent de réduire énormément les situations de frustration dans le quotidien.
Voici celles que j’utilise le plus souvent :
1. Prévenir avant de passer à l’action
Les transitions sont souvent difficiles pour les enfants. Passer du parc au retour à la maison, du jeu au bain ou du dessin au moment du repas peut être frustrant.
Prévenir l’enfant quelques minutes avant permet à son cerveau de se préparer au changement.
Par exemple : “Dans dix minutes, on va rentrer pour préparer le repas.” Puis : “Encore cinq minutes.” Et enfin : “C’est le moment de rentrer.”
Cette petite anticipation peut éviter bien des crises.
Il existe également l’astuce du sablier, celle du compte à rebours avec les doigts : “on rentre à la maison dans 5 doigts d’accord ?” puis toutes les quelques minutes on lui montre un doigt baissé jusqu’à ce qu’il n’en reste plus de levé. Et une qui fonctionne très bien également, c’est celle de la montre : “quand la grande aiguille arrive ici, on fait X, d’accord ?”.
2. Prévoir le temps nécessaire
Les enfants ont un rythme différent du nôtre.
Lorsqu’on est pressé, on peut être tenté de faire les choses à leur place : mettre leur manteau rapidement, ranger leurs jouets nous-mêmes ou les installer dans la voiture sans attendre.
Mais cela peut générer énormément de frustration. Alors, prendre quelques minutes d’avance supplémentaires permet de préserver la coopération, d’éviter les conflits et de garder un climat plus serein.
Par exemple, si vous devez partir à 9h00, vous pouvez activer le départ 15 minutes avant, plutôt que de partir dans la précipitation. Ainsi, votre enfant a le temps de finir son activité, de mettre son manteau (même si cela lui prend 3 minutes) et de se préparer à la transition maison-extérieur.
3. Expliquer plutôt qu’ordonner
Les enfants comprennent beaucoup mieux les situations lorsqu’on leur explique le pourquoi des choses.
Par exemple, “Mets ton manteau”, peut devenir “Il fait froid dehors. On va mettre nos manteaux pour ne pas tomber malades”.
Quand l’enfant ne coopère pas, j’ouvre la fenêtre, je mime qu’il fait froid et je rends l’action de mettre son manteau rigolote. “Brrrr, tu as vu comme il fait froid ? Vite, vite ! Où sont nos manteaux ?”.
Cela étant dit, nous ne tombons pas malade à cause du froid mais bien à cause des virus. Il s’agit ici simplement d’un exemple.
Les explications simples permettent à l’enfant de donner du sens à ce qu’on lui demande.
4. Rendre les tâches amusantes
Transformer certaines tâches en jeu peut aussi aider énormément.
Par exemple :
- faire la course pour ranger les jouets
- chanter pendant qu’on se lave les mains
- ranger les objets par couleur
En effet, l’apprentissage passe beaucoup par le jeu chez les jeunes enfants.
5. Proposer deux choix
Donner un choix à l’enfant permet de diminuer les oppositions.
Par exemple : “Tu préfères mettre le pantalon rouge ou le pantalon bleu ?”, “Tu veux la compote ou la pomme ?”.
Dans les deux cas, le parent garde le cadre… mais l’enfant a le sentiment de participer à la décision.
Le jeune enfant vit dans un monde à 100 à l’heure dans lequel il n’a quasiment aucune prise. Nous choisissons pour eux l’heure de sortir, de manger, de dormir, de prendre le bain…
Lui permettre des choix, aussi simples soient-ils, peut grandement aider à réduire la frustration et l’encourager dans son autonomie.
Pourquoi les transitions sont souvent difficiles pour les enfants
Les jeunes enfants vivent beaucoup dans le moment présent.
Lorsqu’ils jouent, leur attention est totalement focalisée sur ce qu’ils sont en train de faire.
Passer soudainement d’une activité à une autre peut donc être très frustrant.
Les transitions comme quitter le parc, arrêter un jeu, aller prendre le bain ou se préparer pour dormir, peuvent déclencher des crises simplement parce que l’enfant n’a pas eu le temps de se préparer mentalement.
Prévenir quelques minutes à l’avance aide le cerveau de l’enfant à anticiper le changement.
Que faire lorsque la crise est déjà là ?
Malgré toutes les précautions, il arrive évidemment que les crises surviennent.
Dans ces moments-là, quatre étapes peuvent aider :
Accueillir l’émotion avant de rediriger l’attention
Pendant longtemps, on a conseillé de détourner immédiatement l’attention de l’enfant lorsqu’il faisait une crise.
Aujourd’hui, les spécialistes recommandent plutôt une approche en trois étapes :
1. Comprendre ce que ressent l’enfant
La première chose est d’essayer de comprendre ce qui se passe pour lui.
Par exemple, Tu es triste parce que papa est parti travailler ?”
Nommer l’émotion aide souvent l’enfant à se sentir compris.
2. Soutenir et sécuriser
L’enfant peut alors avoir besoin d’un câlin, d’être rassuré ou d’entendre que l’on comprend ce qu’il ressent.
Cette étape est essentielle pour l’aider à revenir au calme.
3. Rediriger l’attention
Une fois que l’émotion est reconnue et que l’enfant commence à se calmer, on peut lui proposer autre chose comme une activité, un jeu ou une promenade.
L’idée n’est pas d’ignorer l’émotion, mais d’aider l’enfant à sortir progressivement de la tempête émotionnelle.
La psychothérapeute Isabelle Filliozat explique que lorsque l’émotion n’est pas reconnue, l’enfant peut se sentir incompris et la crise peut durer plus longtemps.
On peut par exemple dire : “Je vois que tu es très en colère parce que tu voulais continuer à jouer.”
Une fois que l’enfant se sent compris et commence à se calmer, il devient plus facile de lui proposer une autre activité.
C’est seulement à ce moment-là que la redirection peut fonctionner.
Pourquoi punir pendant une crise ne fonctionne pas
Punir un enfant en pleine crise est rarement efficace.
Lorsque l’émotion est trop forte, le cerveau est en mode “survie” et dans cet état, l’enfant ne peut pas apprendre.
C’est pourquoi certaines approches éducatives privilégient la réparation plutôt que la punition.
Si le sujet vous intéresse, j’en parle plus en détail dans mon article consacré à la place de la punition dans l’éducation.
Le rôle du parent face aux tempêtes émotionnelles
Accompagner les émotions de son enfant n’est pas toujours simple.
La fatigue, le stress ou les contraintes du quotidien peuvent rendre ces moments particulièrement difficiles.
Personne n’est parfait.
L’important n’est pas de réagir parfaitement à chaque situation, mais d’essayer de comprendre ce qui se passe et d’accompagner son enfant du mieux possible.
C’est aussi dans ces moments que se construit la relation de confiance entre le parent et l’enfant.
Cette relation joue d’ailleurs un rôle essentiel dans le développement de la confiance en soi, dont je parle plus en détail dans un autre article du blog.
À retenir
Les crises de colère font partie du développement normal de l’enfant.
Avant environ cinq ans, le cerveau émotionnel est très actif, le cortex préfrontal est encore immature et l’enfant ne sait pas encore gérer seul ses émotions.
Les crises ne sont donc pas des caprices mais des tempêtes émotionnelles.
Pour diminuer la frustration et favoriser la coopération, nous pouvons prévenir les transitions, expliquer plutôt qu’ordonner, proposer des choix simples, rendre les tâches du quotidien plus ludiques. et accompagner les émotions avant de corriger le comportement.
FAQ – Crises et frustration chez l’enfant
Pourquoi mon enfant fait-il des crises pour rien ?
Les crises surviennent souvent lorsque l’enfant ressent une frustration ou une émotion trop forte. Son cerveau étant encore immature, il ne sait pas encore gérer ces émotions seul.
À quel âge les crises de colère sont-elles les plus fréquentes ?
Les crises apparaissent souvent entre 18 mois et 3 ans, une période appelée parfois la phase d’opposition ou “crise du non”. Cela dit, les premières frustrations peuvent commencer bien plus tôt, soit autour de 9-12 mois.
Pourquoi dois-je répéter les règles autant de fois ?
La mémoire des jeunes enfants est encore limitée. Les règles doivent être répétées de nombreuses fois avant d’être intégrées.
Comment calmer une crise de colère ?
La première étape consiste à reconnaître l’émotion de l’enfant. Une fois qu’il se sent compris, il est plus facile de l’aider à revenir au calme.
Les crises existent-elles aussi chez les bébés ?
Oui, les bébés peuvent aussi vivre des tempêtes émotionnelles. Le développement émotionnel commence dès la naissance, et même des expériences comme l’allaitement jouent un rôle important dans la régulation des émotions du nourrisson.
J’explique cela plus en détail dans mon article sur le lien entre l’allaitement et les émotions du bébé.
Article mis à jour le 15 mars 2026 par Maïlys Panelle, fondatrice d’Hello Bébé.

