La bienveillance chez l’enfant est-elle innée ?
On entend souvent dire qu’un enfant est “gentil” ou “pas gentil”. Qu’il est naturellement empathique ou au contraire égoïste. Mais en réalité, la question est plus subtile. La bienveillance est-elle vraiment innée chez l’enfant ? Ou se construit-elle au fil de ses expériences ?
La réponse se situe entre les deux.

Une base biologique tournée vers la relation
Dès les premières années de vie, l’enfant est profondément orienté vers les autres.
En psychologie du développement, ce qui ressort c’est que les tout-petits manifestent très tôt des comportements prosociaux :
-
ils tentent d’aider spontanément
-
ils réagissent aux émotions des autres
-
ils cherchent le contact et l’interaction
Des travaux menés par Felix Warneken et Michael Tomasello ont montré que des enfants âgés de 12 à 18 mois peuvent déjà aider un adulte sans y être incités.
Autrement dit, une forme de bienveillance existe dès le plus jeune âge.
Un cerveau en construction
Si cette disposition est présente, elle reste fragile.
Le cerveau du jeune enfant est encore immature, notamment au niveau des zones impliquées dans la régulation des émotions, l’empathie et le contrôle des comportements.
Ces fonctions dépendent en grande partie du cortex préfrontal, qui se développe progressivement au cours de l’enfance.
Cela signifie que même si votre enfant peut ressentir de l’empathie, il ne sait pas encore toujours comment agir de manière adaptée. C’est pour cela qu’un enfant peut :
-
pousser un autre enfant… puis vouloir le consoler
-
prendre un jouet… puis pleurer s’il voit l’autre triste
Ce n’est pas de la contradiction, c’est un cerveau en apprentissage.
Le rôle déterminant de l’environnement
La bienveillance n’est pas uniquement innée. Elle se nourrit, se façonne et se renforce au quotidien.
Les travaux en neurosciences affectives, notamment ceux de Catherine Gueguen, montrent que les expériences relationnelles vécues par l’enfant modifient concrètement son cerveau.
Les interactions répétées influencent les connexions neuronales, les circuits émotionnels et la manière dont l’enfant perçoit les autres.
Un enfant qui grandit dans un environnement sécurisant, empathique et respectueux développe plus facilement sa capacité à comprendre les émotions, son empathie et ses comportements prosociaux.
L’impact des interactions éducatives
À l’inverse, des interactions basées sur la peur, l’humiliation et les critiques répétées peuvent freiner le développement de ces compétences.
Non pas parce que l’enfant devient “mauvais”, mais parce qu’il apprend à fonctionner dans un climat de stress. Et son cerveau s’adapte à cet environnement.
Cela peut entraîner des comportements défensifs, moins d’empathie disponible et plus de réactions impulsives.
Les neurones miroirs : apprendre en observant
Un autre mécanisme clé est celui des neurones miroirs. Ces neurones s’activent lorsque l’on agit, mais aussi lorsque l’on observe quelqu’un agir.
Ils jouent un rôle fondamental dans l’imitation, l’apprentissage social et l’empathie.
Concrètement, votre enfant apprend en vous regardant. Votre manière de parler, de réagir, de gérer vos émotions devient un modèle.
Un enfant à qui l’on parle avec respect, patience et empathie apprend progressivement à faire de même.
Bienveillance ne veut pas dire absence de cadre
C’est un point essentiel, la bienveillance n’est pas du laxisme.
Un enfant a besoin de repères, de limites et de cohérence. En effet, ces éléments lui apportent un sentiment de sécurité.
La bienveillance consiste à poser un cadre, tout en respectant l’enfant dans ce qu’il ressent.
Par exemple, vous pouvez poser une limite claire tout en accueillant l’émotion.
Le lien avec l’attachement
La capacité à être bienveillant est aussi liée à la qualité du lien d’attachement.
Les travaux de John Bowlby montrent qu’un enfant ayant une base sécurisante développe plus facilement la confiance, l’exploration et des relations sociales apaisées.
Un enfant qui se sent en sécurité est plus disponible pour entrer en relation avec les autres.
Alors, la bienveillance est-elle innée ?
Oui, mais elle a besoin d’être nourrie.
Votre enfant possède dès le départ des capacités relationnelles et empathiques.
Mais leur développement dépend fortement de :
-
son environnement
-
les interactions qu’il vit
-
le cadre que vous posez
Comment encourager la bienveillance au quotidien
Sans chercher à “fabriquer” un enfant parfait, vous pouvez simplement :
-
montrer l’exemple
-
poser un cadre clair et sécurisant
-
l’aider à comprendre les émotions des autres
Ce sont ces expériences répétées qui vont structurer ses comportements.
En résumé
- L’enfant naît avec des capacités naturelles à entrer en relation
- Son cerveau est encore immature et en construction
- L’environnement joue un rôle majeur dans le développement de l’empathie
- Les interactions quotidiennes façonnent ses comportements
- La bienveillance s’apprend autant qu’elle se transmet
Votre enfant n’a pas besoin d’être “rendu” bienveillant. Il a besoin d’un environnement qui lui permette de le rester et de le développer.
Et cela passe, avant tout, par la manière dont vous êtes en relation avec lui.
Article publié le 31 août 2020 et mis à jour le 17 mars 2026 par Maïlys Panelle, fondatrice d’Hello Bébé.

